Le projet de restructuration et d’extension du groupe scolaire s’inscrit dans un contexte territorial et urbain singulier, où l’histoire bâtie, les usages éducatifs et les attentes contemporaines se rencontrent. Le site, marqué par une organisation en retrait par rapport à la rue et par la coexistence de bâtiments de différentes époques, appelle une réponse attentive, équilibrée, capable de valoriser les éléments existants tout en apportant une cohérence nouvelle. C’est dans cette perspective que le projet prend forme : en s’ancrant dans l’identité du lieu, tout en anticipant les besoins futurs d’un établissement éducatif ouvert, fonctionnel, accueillant et résilient.
Trois entités architecturales distinctes structurent le site : un bâtiment patrimonial de 1909 à forte valeur symbolique et historique, un bâtiment de 1993 à requalifier profondément, et une extension neuve nécessaire pour compléter les fonctions pédagogiques et mutualisées. Ce triptyque, loin d’être un obstacle, constitue le point de départ d’un projet d’ensemble qui assume les différences pour mieux construire des liens. Plutôt que de chercher une homogénéité artificielle, l’architecture joue ici le rôle d’un médiateur : elle relie, hiérarchise, clarifie et valorise. Chaque bâtiment conserve son identité, mais s’inscrit dans un langage commun sobre, lisible, fonctionnel, dans lequel les continuités d’usage, les cohérences de matière et les articulations paysagères assurent l’unité du tout.
Le bâtiment de 1909, témoin précieux de l’histoire scolaire locale, est restauré et réinvesti dans le respect de ses qualités originelles. Sa structure maçonnée, ses hauteurs sous plafond, ses percements réguliers sont préservés et réinterprétés avec délicatesse. L’intervention se veut sobre : les modifications visent à améliorer les performances énergétiques, la fonctionnalité des espaces, et à garantir l’accessibilité de l’ensemble sans compromettre l’intégrité architecturale du bâtiment. Ce geste patrimonial fort devient un repère pour le site et un signal d’ancrage dans la mémoire collective. Il incarne également une forme de continuité entre les générations, entre le passé éducatif du lieu et sa projection dans un avenir durable.
Le bâtiment de 1993, bien que moins qualitatif d’un point de vue architectural, offre un potentiel structurel intéressant. Il est conservé dans ses volumes, mais radicalement transformé dans son expression et ses usages. Un nouveau manteau isolant, une enveloppe en bois, et une recomposition des percements lui offrent une identité revisitée. L’intérieur est reconfiguré pour gagner en lisibilité, en compacité, et en qualité spatiale. Cette intervention permet de maximiser l’usage des surfaces existantes tout en intégrant pleinement le bâtiment dans la nouvelle organisation fonctionnelle du groupe scolaire. L’optimisation des circulations, l’ouverture sur les extérieurs, ainsi que le travail sur la lumière naturelle renforcent sa qualité d’usage et en font un espace scolaire pleinement adapté aux pédagogies contemporaines.
L’extension neuve vient quant à elle jouer un rôle structurant. Implantée avec soin à proximité des bâtiments existants, elle sert à la fois de liaison et de cœur d’usage. Elle accueille les locaux techniques, les espaces mutualisés et les fonctions support, mais surtout le restaurant et le périscolaire. Sa volumétrie, simple et efficace, privilégie la compacité, la lumière naturelle et l’ouverture sur les extérieurs. Le langage architectural retenu, combinant bardages bois, grandes baies, toitures végétalisées et modénatures verticales, traduit une volonté d’intégration douce et de cohérence avec le reste du site. La simplicité apparente de l’écriture dissimule une grande richesse d’usages, de confort et de qualité environnementale.
L’organisation fonctionnelle a été pensée pour répondre aux exigences d’un établissement scolaire contemporain, tout en offrant une grande souplesse d’usage. Le site est structuré autour de pôles clairs : maternelle, élémentaire, restauration et périscolaire. Cette hiérarchisation permet des cheminements différenciés, une sécurisation des parcours, une gestion efficace des flux et une lisibilité immédiate pour les usagers. Les circulations, largement éclairées naturellement, servent de liens vivants entre les différentes entités. Elles sont ponctuées de vues sur les extérieurs, de transparences transversales, et d’espaces de respiration. L’ensemble favorise l’autonomie des élèves, la tranquillité des déplacements, et une appropriation aisée du lieu.
Une attention particulière est portée aux transitions entre espaces. Les seuils – entre intérieur et extérieur, entre bâtiments anciens et neufs, entre espaces communs et pôles pédagogiques – font l’objet d’un traitement architectural et spatial spécifique, permettant d’éviter les ruptures brutales et de renforcer le confort d’usage. Le projet se fonde sur une logique d’échelle et de progressivité, dans laquelle chaque élève peut évoluer sereinement, dans un environnement rassurant et stimulant. Ces qualités spatiales favorisent le bien-être, l’apprentissage et le vivre-ensemble.
Les cours et espaces extérieurs participent pleinement de cette organisation. Loin d’être de simples zones d’attente ou de récréation, ils deviennent des supports pédagogiques, des espaces de nature, de jeu, de calme et d’expérimentation. Leur conception s’inscrit dans une logique de désimperméabilisation, de rafraîchissement urbain, et de pédagogie par l’environnement. Arbres plantés, noues, potagers, surfaces perméables, mobiliers en bois, zones différenciées (repos, activité, observation) forment un ensemble cohérent et vivant. La biodiversité, la saisonnalité, et le jeu libre sont valorisés pour proposer un cadre de vie stimulant et apaisant à la fois.
La composition paysagère vient prolonger et renforcer l’architecture. Elle agit comme liant entre les volumes, adoucit les transitions, organise les ambiances et contribue fortement au confort d’usage. Chaque bâtiment s’ouvre sur un fragment de paysage spécifique : un patio, un jardin, une cour plantée, une terrasse. Ces espaces sont autant de respirations visuelles que de supports pédagogiques. Le traitement végétal intègre des essences locales et mellifères, favorise l’infiltration des eaux pluviales, et limite les besoins d’entretien. Une attention particulière est portée à la végétalisation des limites, pour renforcer l’intimité du site tout en l’ancrant dans le tissu urbain environnant.
Du point de vue constructif, le projet conjugue rigueur technique et pertinence environnementale. Les structures existantes sont réutilisées au maximum, réduisant ainsi l’empreinte carbone liée au chantier. Les interventions neuves privilégient les systèmes constructifs mixtes, associant bois et béton là où cela est pertinent. L’enveloppe thermique est renforcée, l’étanchéité à l’air maîtrisée, et les systèmes de ventilation performants. Les matériaux sont choisis pour leur durabilité, leur faible impact environnemental, et leur qualité de mise en œuvre. Cette rigueur constructive garantit un confort durable, une grande facilité d’entretien et une réduction des consommations à long terme.
Le projet porte enfin une ambition environnementale affirmée, à la fois technique, pédagogique et sensible. Il adopte une approche bioclimatique dès l’origine : orientation, compacité, inertie, protections solaires, ventilation naturelle. Les consommations énergétiques sont réduites grâce à des systèmes mutualisés performants (sondage et chaufferie géothermique, TGBT, réseaux informatiques centralisés). Le confort d’été est traité par des dispositifs passifs : ventilation traversante, ombrages végétaux, toitures végétalisées, isolation biosourcée. L’ensemble du projet vise une sobriété active, mais également une lisibilité des choix pour les usagers.
Au-delà de ces performances techniques, le projet cherche à rendre visible et compréhensible l’engagement écologique de l’établissement. Les dispositifs sont pensés comme des supports d’appropriation : toitures accessibles végétalisées, jardins pédagogiques, affichage des consommations, points d’observation de la biodiversité. L’architecture devient outil éducatif, le bâtiment un « tiers-pédagogue » qui incarne les valeurs qu’il transmet. L’environnement bâti participe ainsi pleinement à la construction de la citoyenneté environnementale des enfants.
Enfin, la qualité du projet repose également sur son adaptabilité. Les espaces ont été pensés pour évoluer dans le temps, s’adapter à de nouvelles méthodes pédagogiques, accueillir des usages mutualisés ou extra-scolaires. Cette capacité d’ajustement, permise par des principes d’organisation simples, par une trame structurelle flexible et par la générosité des volumes, garantit la durabilité fonctionnelle du projet. Le groupe scolaire pourra ainsi traverser les années sans perdre sa cohérence ni son confort, même en cas d’extension.
En synthèse, ce projet propose bien plus qu’une simple réhabilitation ou extension. Il tisse un lien entre passé et avenir, entre architecture et pédagogie, entre sobriété et qualité de vie. Il révèle les qualités du site existant, tout en proposant une vision contemporaine de l’école : ouverte, lumineuse, inclusive, soucieuse de son environnement. À travers une écriture architecturale sobre et chaleureuse, une organisation claire, un dialogue paysager fort et une construction durable, il affirme sa vocation : celle de construire un cadre d’apprentissage exemplaire, apaisé et stimulant pour les générations à venir.
15 mai 2025
SAINT PAUL EN CHABLAIS
Mairie de Saint Paul en Chablais
5 934 000 €HT
2 267m²
RT Réno et RE 2020 + Enr
Pierre PASQUINI